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Furiant : nouveau disque à paraître sous le label Mirare

La Symphonie de Poche, sous la direction de Nicolas Simon, et la violoniste Deborah Nemtanu présentent Furiant, nouvel album à paraître le 26 janvier 2024 (sortie digitale) sous le label Mirare.

Deuxième volet d’une collaboration assidue entre les artistes, ce disque s’inscrit dans la continuité de l’enregistrement « Eh bien, dansez maintenant ! » consacré à la danse dans la musique française (Pavane Records, 2017).

Nicolas Simon et Deborah Nemtanu reviennent à leurs racines, slaves pour l’un, roumaines pour l’autre, et puisent dans le répertoire inspiré du folklore d’Europe centrale. Ils en offrent une relecture originale à travers la sonorité singulière de La Symphonie de Poche.


Antonín Dvořák

Danse slave Opus 46, VIII – Furiant

Béla Bartók

Rhapsody pour Violon & Orchestre n°1 Sz 87

Antonín Dvořák

Danse slave Opus 46, II – Dumka

Ciprian Porumbescu

Balada

Antonín Dvořák

Danse slave Opus 46, VII – Skočná

Pablo de Sarasate

Airs bohémiens Opus 20

Johannes Brahms

Danse hongroise IV - Poco sostenuto

Johannes Brahms

Danse hongroise VI - Vivace

Maurice Ravel

Tzigane, rapsodie de concert




Conversation entre Deborah Nemtanu et Nicolas Simon


Il s’agit de votre deuxième collaboration, après un premier disque consacré à la musique française à travers la danse paru en 2017. Pour ce nouvel opus, vous puisez dans le répertoire inspiré du folklore d’Europe Centrale. Quel est, selon vous, le lien entre toutes ces pièces ?


NS : Ce disque réunit des compositeurs imprégnés, fascinés, influencés par les musiques folkloriques d’Europe Centrale, et notamment par la virtuosité et l’expressivité des musiciens tziganes. Le violon en est donc l’un des dénominateurs communs, y compris dans les pages orchestrées, comme les Danses slaves de Dvorak. Lui-même altiste, on sait qu’il était particulièrement attaché à cette famille des instruments à archet…

DN : Le choix des pièces reflète nos racines communes d’Europe centrale. Nous avons puisé dans un répertoire qui nous touche personnellement. Au-delà du caractère intrinsèque à la musique tzigane qui réalise un grand écart constant entre la mélancolie et l’allégresse, la danse apparaît comme le fil conducteur évident de ce second album. Elle nous relie par son intensité et ses contrastes rythmiques infinis qui révèlent des émotions variées. Une danse peut contenir une vie entière en trois minutes !

NS : Avec ses rires, ses larmes, son mouvement perpétuel, ses ruptures, cette imprévisibilité dans le passage d’un état émotionnel à un autre…




En quoi l’instrumentation spécifique de La Symphonie de Poche permet-elle une relecture inédite de ces œuvres ?


NS : La Symphonie de Poche est inédite par essence car il n’existe aucun autre ensemble réunissant autour d’un quintette à cordes, un accordéon, un marimba, une harpe, un saxhorn baryton, deux clarinettes, une flûte… Chaque instrument a son origine et sa culture propres. Les associer, tout en s’attachant à valoriser leur singularité, permet de retrouver une forme de spontanéité dans la façon d’aborder les œuvres du répertoire et d’en proposer une lecture plus personnelle…


DN : Tout en leur offrant un nouvel éclat ! C’est notamment le cas pour ces pièces très souvent jouées. Grâce à la variété de ses instruments, La Symphonie de Poche met en lumière des timbres particuliers, apportent des couleurs nouvelles, une autre forme de poésie : la sonorité caractéristique du marimba s’accorde avec celle de l’accordéon, un des instruments emblématiques d’Europe Centrale, teinté de nostalgie. La harpe est féérique, les cordes nous invitent à l’intimité et à la confidence…


NS : D’autant que ces colorations spécifiques sont ici manipulées par trois brillants arrangeurs qui se sont emparés de la formation et de sa mécanique afin d’en révéler les différents aspects.




La musique populaire vous semble-t-elle appartenir à part entière à la musique « classique » ?


DN : La musique traditionnelle peut être le terreau de la musique savante, ou en tout cas une source d’inspiration fertile.


NS : Toutes les musiques s’appartiennent mutuellement ! La musique est vivante avant tout. La classifier, c’est la figer et la scléroser. Il y a vraiment urgence à remplacer ce terme « classique » qui met tout le monde à distance.



On sait que c’est son ami Brahms, après la réussite de ses propres Danses hongroises, qui incitera Dvorak à écrire ses Danses slaves. Quels points communs décelez-vous entre les œuvres de ces deux génies ?


NS : Lorsqu’il écrit ses Danses hongroises, Brahms utilise des mélodies "vraiment" tziganes dont il connaît en détail le style et les modes de jeux. Dvorak, lui, s’inspire de la culture folklorique slave dont il est imprégné pour inventer ses mélodies. La démarche est également distincte concernant le rapport à l’orchestration. Hongrois ou slaves, ces recueils de danses sont d’abord écrits pour deux pianos. Je sens que Dvorak a déjà en tête l’idée de les orchestrer. J’en suis moins sûr pour Brahms qui n’en orchestre qu’un petit nombre. Dvorak, d’ailleurs, orchestrera aussi quelques-unes des danses hongroises de son grand ami.


DN : Au-delà de ces mélodies irrésistibles, l’orchestration imaginée par Dvorak est géniale car elle permet de déployer tout le panel d’émotions contenu dans la danse. L’opus 72 n°2, par exemple, entièrement empreinte de l’âme slave, est mélancolique et déchirante au début, devient peu à peu féérique. Puis le thème principal repris au violoncelle pourrait manifester un retour de l’espoir…



Pourquoi le violon est-il, selon vous, l’instrument tzigane par excellence ?


DN : Le violon fait partie intégrante de la culture tzigane. Il est d’ailleurs intéressant de relever que Ravel a composé Tzigane après avoir entendu la violoniste hongroise Jelly d’Arányi créer la Sonate pour violon et piano n°1 de Bartok, dont elle est la dédicataire. On retrouve dans la cadence d’ouverture de Tzigane le même caractère improvisé lors même qu’il s’agit de musique écrite. Et c’est là la grande difficulté de cette œuvre : rendre, à travers la rapidité d’exécution, l’intensité et la liberté de la musique tzigane, dans le respect de la partition.


NS : Le violon associe idéalement virtuosité et chant (même si tous les instruments, bien sûr, permettent cette alliance). Cet instrument témoigne de la complexité des émotions qui sont en jeu dans l’histoire et la culture de ces pays. Comme si la mélancolie omniprésente était compensée par la virtuosité afin d’engendrer une sorte d’ivresse musicale. La forme tzigane la plus représentative de cette alternance est la csardas. Tzigane de Ravel est une csardas et Pablo de Sarasate traite de même ses Airs bohémiens. Ces œuvres s’ouvrent par une grande improvisation et se structurent progressivement, aidées d’une rythmique de plus en plus effrénée qui nous pousse jusqu’à l’abandon.


Quel sens donnez-vous à cette nouvelle collaboration artistique ?


DN : C’est une chance de pouvoir être accompagnée dans ce projet par Nicolas, qui est lui-même violoniste. Nos origines nous rapprochent également dans la manière de percevoir ces œuvres. Ce disque constitue l’aboutissement d’un projet très personnel que nous avons imaginé lors d’un séjour à Bucarest où Nicolas dirigeait le Concerto pour deux violons de Martinů avec l’Orchestre Philharmonique George-Enescu. Il nous assemble et nous ressemble !


NS : Nous avions le même professeur de violon au CNSM. Plus tard, j’ai découvert la sensibilité de Deborah. J’admire infiniment son envie de sortir des sentiers battus, sa capacité à questionner le sens et la manière d’être violoniste aujourd’hui.



Photos : Lyodoh Kaneko


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